mercredi 29 octobre 2014

Des morts pour que la démocratie existe ?

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 à Paris, en pleine répression du mouvement étudiants/lycéens, Malik Oussekine, 22 ans, était matraqué à mort dans le hall d’un immeuble parisien où il s’était refugié, par deux policiers "voltigeurs" motocyclistes.Le lendemain, Alain Devaquet, ministre délégué à l’Enseignement supérieur, et auteur du projet de loi présentait sa démission, pendant que les étudiants et les lycéens défilaient en silence dans toutes les villes portant des pancartes "Ils ont tué Malik". Le lundi 8 décembre, après de nouvelles manifestations, le Premier ministre Jacques Chirac annonce le retrait du texte de la loi Devaquet. Les deux “voltigeurs”, Jean Schmitt, et Christophe Garcia, sont passés trois ans plus tard devant la Cour d’Assises de Paris pour "coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Ils ont été condamnés en janvier 1990 à 5 ans et 2 ans de prison avec sursis.


Presque 30 ans après, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, un jeune homme "gentil et doux" trouve la mort lors d'une manifestation pacifique et citoyenne...

Je ne polémiquerai pas sur les responsabilités avérées ou pas du gouvernement dans ce drame..."L'ordre républicain" a fonctionné de manière toute à fait légale...face à une manifestation tout à fait légitime dans une démocratie...Et le fait que le premier ministre se réclame souvent de Georges Clémenceau, le briseur de grève de 1906, ne doit pas non plus altérer notre jugement...

Mais le télescopage entre la mort de Malik Oussekine et celle de Rémi Fraisse  3 décennies après, doit quand même nous interpeller quant au fonctionnement de notre soit disant démocratie...Il aura fallu un mort en 1986 pour que le gouvernement retire son projet de loi...Il aura fallu un mort en 2014 pour que le projet du barrage de Sivens soit "suspendu sine die

Les citoyens doivent-ils mourir pour faire entendre leurs voix ?



mardi 14 octobre 2014

Merci qui...?


Aujourd'hui, le Medef a demandé la réouverture des dossiers de l'assurance chômage et des retraites, dans la foulée des déclarations du Premier ministre Manuel Valls et de son ministre de l'Economie Emmanuel Macron, selon qui "il ne saurait y avoir de tabou en la matière"...

Pas de tabous, donc droit devant dans la porte grande ouverte ! Et dans la foulée, le Medef demande "officiellement" une nouvelle réforme des retraites, portant notamment sur un nouveau report de l'âge légal de la retraite aujourd'hui fixé à 62 ans...

Le Medef aurait tort en effet de se gêner...En période de lune de miel, on peut tout demander à l'autre...Les rebuffades ne sont pas à l'ordre du jour...


Emmanuel Macron, socialiste...Manuel Valls, socialiste...Jean Jaurès, socialiste...Cherchez l'erreur...

Tous, que vous soyez libre-échangistes ou protectionnistes, vous admettez et le principe et la conséquence ; quand vous n’êtes pas socialiste, vous admettez la propriété capitaliste, et la concurrence universelle qui en résulte nécessairement..."

Jean Jaurès-Discours à l’assemblée 1897

dimanche 21 septembre 2014

Morlaix..à qui profite le crime ?





Mais que fait donc la police ? En toute impunité, on incendie des bâtiments publics...On empêche les pompiers d'intervenir...Et pas un seul CRS dans le paysage ? Toute la semaine, les artichauts ont été déversés sur les routes et le préfet n'a rien senti venir ? Il est vrai que depuis que les RG ont été intégrés à la DCRI, RGPP oblige, on constate un manque évident d'efficacité...Quoique, on les voit toujours dans les manifs compter le nombre de manifestants...

Mais à qui profite le crime ? Dans la vidéo, M. Jean François JACOB, président de la SICA de Saint Pol de Lèon,, semble approuver ce qui s'est passé à Morlaix....Mais M. Jean François JACOB est aussi Vice président de la compagnie Brittany Ferries, en digne successeur d'Alexis GOURVENNEC, qui s'est rendu célèbre entre autres,pour avoir pris d'assaut la sous-préfecture de Morlaix en juin 1961.

Et la compagnie Brittany Ferries a actuellement dans les tuyaux un gros projet pour un navire qui deviendra le plus grand ferry exploité en Manche...Cet investissement devrait être financé en grande partie par l'Etat...La SICA de Saint Pol de Léon est actionnaire majoritaire de la Britanny Ferries...

Et le chantage est en place...La SICA conditionnerait la commande du ferry au financement par l'Etat d'un plan général d'investissement pour toutes les filiales de la coopérative agricole : la Brittany, mais aussi deux plateformes logistiques de la SICA...et même le financement de la course de voile "la route des Princes "...!

De là, à dire que les événements qui viennent de se passer à Morlaix est une manipulation au service d'intérêts particuliers, au détriment d'une masse de cocus dans la misère, il y a un pas que je me garderai bien de franchir !

vendredi 19 septembre 2014

53 ans plus tard...

En 1961, "Le Président", un film d'Henri Verneuil sortait sur les écrans..."Le Président" est l'un des rares films de politique-fiction du cinéma français ; il est, d'autre part, le seul film du cinéma français évoquant une éventuelle naissance des États-Unis d'Europe, projet défendu par le charismatique Beaufort et combattu par son ancien chef de cabinet, Chalamont.

Beaufort,  président du Conseil, un "homme de gauche" de la IVé Républiqueest interprété par Jean Gabin qui dans ce rôle, semble être complètement habité par son personnage...Avec les dialogues époustouflants de Michel Audiard, on oublie que c'est Jean Gabin qui joue, on ne voit que le Président Beaufort...comme dans cette scène d'anthologie:


Une des meilleures interprétations de Jean Gabin, à mon avis...Et 53 ans après la sortie de ce film, on ne peut être qu'interpellé par cette séquence du film...Et on ne peut être qu'interpellé par les propos tenus qui nous semblent tellement coller à la réalité de notre monde d'aujourd'hui...

Ah, si le discours de politique générale de notre premier ministre avait eu cette tonalité...Peut être que je croirais encore à ce que le mot "gauche" veut dire...

jeudi 11 septembre 2014

La mauvaise réputation...

C'est quand même fou, ce qui se passe actuellement...Un sous ministre qui oublie de faire ses déclarations d'impôt, qui oublie de payer son loyer, qui oublie de payer son kiné, et même ses PV ...? Il est vrai qu'il souffre d'une phobie administrative...


Il souffre d'une phobie administrative ? Alors pourquoi a-t'il accepté un poste au gouvernement ? Même titulaire d'un strapontin dans ce gouvernement, il aurait dû normalement savoir qu'en acceptant la responsabilité qui lui était confiée, il devenait le patron d'une multitude de fonctionnaires...Alors comment comprendre sa démarche ? Schizophrénie ou incompétence ? Ou nullité complète d'un individu qui fait carrière en politique en ne sachant même pas qu'il est là pour défendre l'intérêt collectif de ceux qui l'ont élu...

C'est sûr que sa réputation n'est pas mal écornée.Il se défend comme il peut...Dans cet article, on remarque quand même, entre autres que pour 2013, l'administration fiscale a mis en oeuvre à son encontre, une procédure de redressement qui a abouti à  une somme à payer de "41 475 euros – dont 12 593 euros de pénalités"...On a les phobies administratives qu'on peut...

Loin de moi de vouloir alimenter le discours du "tous pourris" que l'on entend malheureusement de plus en plus tous les jours, dans nos bistrots préférés...



Mais, nom de Dieu, qu'est-ce que c'est ce gouvernement qui se dit de gauche, qui ouvre un boulevard monumental aux idées d'extrême droite et au parti qui la représente? La politique est devenue une profession et que l'on s'affirme de "droite" ou de "gauche" , il n'y a plus que l'intérêt individuel qui prévaut...Personnellement, j'ai voté pour une députée dont je n'ai plus aucune nouvelle depuis son élection...Mais je sais qu'elle vote sans état d'âme, en bonne petite godillote, pour tout ce qui fout en l'air ce qui reste de notre socle républicain, ce socle sur lequel on doit s'appuyer pour combattre la peste brune qui se nourrit du désespoir...Faudra t-il un jour dire que la démocratie ne sert plus à rien ?

En attendant, je conseille au camarade ex-secrétaire d'état, et toujours député de prendre le temps d'écouter une des meilleures chansons de Tonton Georges...






lundi 1 septembre 2014

Dialogue social ?

La CGT ne négociera "rien" sur les seuils sociaux, débattus à la rentrée entre syndicats et patronat, a averti le secrétaire général de la confédération Thierry Lepaon dans un entretien dimanche à L'Opinion". Il argumente qu' "Il y a contradiction : d'un côté, le gouvernement prône la démocratie sociale, la négociation collective, et de l'autre il veut remettre en cause le droit à la représentation des salariés", Alors que, pour relancer l'emploi, François Hollande presse les syndicats pour lever les "verrous" et accepter des assouplissements en matière de seuils sociaux, Thierry Lepaon s'interroge sur "le rapport entre le fait de supprimer des droits de représentation des salariés et la création d'emplois".


Cette revendication de la révision des seuils sociaux est une des vieilles revendications du MEDEF, que le Premier Ministre a partagé, lors de sa prestation du 27 août dernier à l'université d'été de ce mouvement.

Mais quel rapport peut-il y avoir en effet, entre le fait de restreindre le droit de représentation des salariés et la création d'emploi ? Selon une étude de l'INSEE publiée en décembre 2011, la suppression ou les modifications des seuils de représentation, n'aurait qu'un effet modéré matière de création d'emplois.

Alors, moi je veux bien qu'on me vende toutes les salades au nom de la "compétitivité", au nom de la "réforme", au nom du "modernisme", au nom de la "croissance"...mais je voudrais bien qu'on me donne toutes les données pour apprécier si une mesure est juste et correspond à la nécessité du pays...

Mais s'il faut réformer, réformons ! Alignons nos critères de représentativité sur ceux de l'Allemagne...L'Allemagne qu'on nous cite en exemple, où contrairement aux idées reçues, l'employeur est soumis à des contraintes légales plus fortes que l'employeur français. En Allemagne, un Betriebsrat, un conseil d'établissement qui peut s'apparenter à nos Comités d'entreprise, peut être mis en place à la demande des salariés, dans les entreprises d'au moins 5 salariés.

En France l'avis du CE n'est jamais contraignant, l'employeur restant libre de mettre en œuvre son projet même en cas d'avis négatif. Par contre en Allemagne, Le "Betriebsrat" dispose de véritables droits de codétermination, dans des domaines précis énumérés par la loi. Ces droits vont de l'obligation d'information jusqu'à un véritable droit de véto. À défaut d'accord, chaque partie peut faire appel à un comité de conciliation dont la décision peut s'imposer aux deux parties.

Alors, j'attends toujours que le Ministre du Travail prenne en compte cette réalité et arrête d'asséner des contre-vérités qui ne servent que les intérêts du MEDEF, plutôt que ceux de l'intérêt public...On peut toujours rêver...







mardi 26 août 2014

Continuer la lutte des mêmes contre les mêmes...

En ce jour, où le MEDEF prend le pouvoir à Bercy, j'ai reçu reçu cette lettre ouverte adressée au Président de la République...Un cri du cœur d'un ancien résistant

Et puisque je crois que les blogs, ça sert aussi à ça, je la publie dans son intégralité...


Armand Conan
à
Monsieur le Président de la République

Monsieur le Président de la République,

J’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint le document édité par notre association en mars 2014 relatif à la constitution du Conseil National de la Résistance le 23 mai 1943, et à l’adoption de son programme économique et social le 15 mars 1944.

Le programme du C.N.R. énumérait les mesures à prendre à la Libération pour une France démocratique et socialement plus équitable que celle de 1939.

« La lecture de ce programme permet de comprendre que la masse des résistants et du peuple condamnait les féodalités de l’argent comme responsables des malheurs de notre pays » (Pierre Villon, membre du C.N.R.).

Certes, aujourd’hui on ne peut pas rechercher dans le programme du C.N.R. des réponses toutes faites aux problèmes du présent, mais ce programme a été inspiré par des valeurs qui sont pérennes : l’humanisme, l’antiracisme, l’esprit démocratique, l’intérêt général
prenant le pas sur l’intérêt particulier, la notion de solidarité, l’aspiration à la Paix, la condamnation du nationalisme xénophobe.
Soixante dix ans après la Libération, notre rôle d’anciens Résistants est de passer aux générations contemporaines et à nos législateurs (de l’élu communal à Monsieur le Président de la République) les valeurs qui ont inspiré le programme du C.N.R. intitulé « les jours heureux », valeurs qui, il faut bien l’avouer sont actuellement remises en cause dans les faits.

« La remise en cause de ce que l’on appelle aujourd’hui les acquis sociaux de la Résistance ne peut qu’être perçue comme un recul historique qui ôterait tout son sens au combat du peuple français pour se débarrasser du régime rétrograde et antidémocratique d Vichy… »
« Le danger le plus pernicieux qui nous menace, c’est l’oubli… »
…nous n’évoquons pas le passé par nostalgie, mais pour y puiser des motifs pour lutter afin d’entretenir et d’enrichir la mémoire sans laquelle un peuple n’a pas d’avenir. » Robert Chambeiron, lors de la célébration du cinquantenaire de la création du C.N.R. (le jeudi 27 mai 1993)

Aujourd’hui, ces acquis économiques et sociaux de la Résistance sont remis en cause, et beaucoup de ceux qui disent se souvenir et qui estiment de bon ton de verser, parfois, une larme sur les luttes passées, restent muets. On dirait que – pour reprendre la formule choc de Lucie Aubrac – ils ont oublié que le verbe résister se conjugue aussi au présent. Et quand des milliers de femmes et d’hommes sont dans la rue pour défendre les acquis sociaux du C.N.R., ceux-là ne voient rien, n’entendent rien et proclament haut et fort : « les choses ont changé » ou : « pas de politique » ou : « on n’y peut rien ».

Ma lettre doit donc, hélas, être un cri de colère semblable à celui de « François la Colère » pendant la Résistance. Parce que sans l’ombre d’une hésitation, du plus profond de moi-même, je crois que nous devrions être au premier rang pour continuer la lutte « des mêmes contre les mêmes ». Et ce cri de colère, j’en suis persuadé, n’est pas seulement le mien, mais il serait aussi celui de milliers et de milliers de Résistants qui se sont sacrifiés pour que nous puissions connaître un monde meilleur.

Aujourd’hui, dire « non » au démantèlement des acquis sociaux du C.N.R., et s’opposer à telle ou telle solution qui nous semble contraire à l’épanouissement de l’être humain, c’est évidemment faire de la politique (avec un grand P.), ce n’est pas vouloir imposer l’adhésion à tel ou tel Parti ; c’est, finalement, tout en gardant notre identité, nos valeurs, continuer le combat de nos aînés.

Notre pays, aujourd’hui, est-il encore libre ? Lorsque ce sont des dirigeants non-élus de l’Europe qui décident à la place de la nation et du peuple que nous avons défendus, pour lesquels beaucoup sont morts, ce sont nos coeurs de résistants que l’on déchire. Lorsque notre chère patrie ne décide plus, ou si peu, lorsque notre chère liberté n’est plus, c’est le sens même de la lutte de la Résistance française qui est nié, c’est le souvenir des camarades tombés qui est bafoué, et celui de tous ceux qui sont partis.

Lorsque les décisions imposées ne sont plus prises en faveur de tous, mais au profit de quelques uns, c’est la fraternité que nous avions tant voulue qui disparaît. Lorsque l’on casse et défait tout ce qui avait été bâti, patiemment, à un tel prix, ce n’est pas seulement
l’indépendance de notre patrie qui se meurt, mais c’est aussi sa dignité. Pour les intérêts d’un petit nombre, c’est-à-dire le contraire de ce pour quoi ont lutté les camarades.

Et lorsque des fascismes et un néonazisme qui ne se cachent même pas s’étendent sur notre continent, ouvertement, comme en Grèce, en Lettonie ou en Ukraine, et depuis plusieurs années, sans que ceux qui sont aujourd’hui au bénéfice des luttes et des souffrances passées ne se lèvent pour protester, sans que les dirigeants ne disent leur refus et ne le traduisent dans les actes, c’est la France qui se couche, c’est la France qui est avilie. C’est la France qui oublie son histoire et qui perd sa voix, et par là, qui a perdu son identité. La France trahie par ceux qui oublient son passé et les leçons de l’histoire, foulée aux pieds et ramenée en arrière par ceux qui servent des intérêts particuliers, qui ont laissé se perdre l’idéal et les valeurs qui animaient les Résistantes françaises et les Résistants français.

Lors d’une conversation, il y a quelques années, Raymond Aubrac m’a dit : « Nous n’avons plus de politique étrangère. La France n’a plus de politique étrangère. Autrefois nous avions une politique étrangère, la voix de la France était sa voix à elle. C’est terminé. C’est comme si nous nous étions battus… ». Il n’avait pas terminé sa phrase.

Faire vivre les espérances de la Résistance, tel est notre mot d’ordre. Même dans les larmes et le coeur brisé pour ce qu’est devenu notre pays, pour ce qu’on a fait de notre idéal, pour ce qu’il advient de nos compatriotes, même dans tout celà, pour nous, Résistants, la « lutte des mêmes contre les mêmes continue ».

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’hommage de mes sentiments les plus respectueux.

Armand Conan
Membre du Comité Départemental de la Libération du Morbihan
Croix du Combattant Volontaire de la Résistance
Officier dans l’ordre des Palmes Académiques
Maire de Carqueiranne (1971 - 1983)