mardi 27 novembre 2012

Petite chronique d'une journée de grève...



Aujourd'hui les Finances Publiques étaient en grève...

Aujourd'hui, bien que retraité de cette vénérable administration mais toujours militant syndical, je suis allé ce matin soutenir mes camarades actifs qui manifestaient devant la Direction départementale à Saint Brieuc...


Signe que les temps évoluent, le Directeur avec ses 3 acolytes encravatés attendaient dans la salle de réunion les 80 manifestants qui s'étaient retrouvés devant la porte...J'ai connu le temps où nous arrivions devant les grilles fermées de la Direction lorsque nous amenions nos revendications...80 manifestants, cela peut paraître peu...Mais c'était des femmes et des hommes de tout le département, du centre Bretagne qui se désertifie, qui s'étaient levé(e)s tôt ce matin pour venir, pour certain(e)s pour la première fois, pour dire à leur patron leur ras le bol et leur désespoir...



J'ai écouté ce qui s'est dit...J'ai écouté ce que les manifestants ont dit et ce que les représentants de l'administration ont dit...J'ai entendu le désespoir des copines et des copains qui demandaient à leur Directeur de leur dire comment il fallait travailler dans un poste en milieu rural où ils étaient cinq il y a quatre ans, et que maintenant ils ne sont plus que trois pour faire encore plus de boulot, compte tenu du management qui ne connaît que le travail prescrit en ignorant le travail réel ...J'ai aussi entendu des témoignages terribles...Non seulement les agents viennent à reculons au boulot, mais dans certains postes complètement isolés dans la cambrousse, certain(e)s pleurent pendant qu'ils travaillent...Une situation que je n'ai pas connue quand j'étais responsable syndical dans ma profession, dans ce même département...

Certes, que les agents des Finances Publiques soient en grève, ce n'est certainement pas un évènement qui alimentera le buzz...Beaucoup se gausseront de ces fonctionnaires "toujours en grève" ...Mais comme l'a dit une copine ce matin face au Directeur " C'est la première fois que je me déplace lors d'une journée de grève...Et aujourd'hui,  j'ai perdu une journée de salaire pour pouvoir vous dire ce qu'est la réalité..."


Et quand un agent payé au SMIC, dont le boulot consiste à accueillir les contribuables dans un centre des Finances Publiques, (la rémunération d'un agent cadre C débutant etant inférieures au SMIC, l'administration a l'obligation de lui verser une indemnité différentielle pour atteindre le niveau légal), interpelle le Directeur en lui disant que ce n'est plus possible de gérer les situations actuelles car "les gens n'ont plus de thunes", que croyez vous qu'il répondît ?

L' Administrateur des Finances Publiques des Côtes-d'Armor (c'est le nom du taulier...et je ne parle pas de sa rémunération...) a affirmé qu'il ne fallait quand même pas lui raconter n'importe quoi, car au vu des statistiques récentes qu'il avait consultées, beaucoup de personnes dans le département étaient titulaires d'un Livret A !...

Évidemment cette réponse a été perçue comme une provocation par les grévistes présents ..Au vu de mon expérience professionnelle, je peux affirmer que ce ne sont pas les titulaires de ces livrets qui viennent quémander un remise gracieuse de leurs impositions, avant de passer au Secours Populaire ou au Restos du cœur... Et les collègues qui bossent actuellement dans les services travaillent dans un environnement sociétal encore plus lourd que celui que j'ai connu...

Avancer une telle réponse dans une situation de conflit, prouve que nos hauts fonctionnaires comme nos politiques, sont complètement déconnectés des réalités et sont bien loin de gérer le "dialogue social", une expression à la mode dans le management de l’État, qu'il soit de "droite" ou de "gauche" ...En fait, ils n'en ont rien à foutre de la réalité ! Ils ont le nez fixé sur le guidon du déroulement de leur carrière. Mais en attendant, il y a des femmes et des hommes qui bossent parce qu'ils pensent encore que le service public existe. Et ces femmes et  ces hommes sont malades de voir que ce en quoi ils croient est dynamité par leur hiérarchie...Et ces femmes et ces hommes sont confrontés quotidiennement à la misère de notre société...


Ce soir, j'avais envie de rendre hommage à mes copines et mes copains qui étaient à Saint Brieuc ce matin...Elles et ils étaient là...Elles et ils ont fait la démarche de venir dire à leur taulier ce qu'ils avaient sur le coeur...Je me mets à rêver que cette démarche se multiplie partout...

Je vous salue mes camarades !





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