mardi 6 novembre 2012

Compétitivité : fantasme ou réalité ?

Depuis quelques jours, nous subissons un matraquage idéologique en règle dans les médias sur le thème de la "compétitivité". Le "rapport Gallois" a été mis en scène dans les journaux télévisés et les principales chaînes de radio qui ont créé le suspense jusqu'à sa sortie, par une campagne aussi bien orchestrée que celles qui sont mises en place à l'occasion de la sortie du dernier "Harry Potter"...

Ce fameux rapport a donc été rendu public hier...Et, étrange coïncidence, (ce n'est pas moi qui le dit, c'est le Figaro, donc ça doit être vrai), le FMI  a également déposé hier son rapport d'audit de l'économie Française, rapport qui préconise d'augmenter la TVA, autrement dit mettre en place la TVA dite "sociale"...(avec l'accord express de Bercy, re-dixit Le Figaro)


C'est en janvier 2012 que l'Institut de l'Entreprise, le "think-thank" organisme nez rouge du MEDEF, lançait l'expression "le choc de compétitivité", dans un document de plus de 80 pages intitulé "Pour un choc de compétitivité en France"..Depuis cette expression a fait florès dans les médias et chez nos politiques, y compris ceux qui se situent dans la majorité...Rapidement, ce qui est préconisé dans ce document, c'est le transfert des cotisations des entreprises sur l'impôt, pour leur permettre d'ajuster leurs prix et de devenir "compétitives". Et plus le "choc" serait massif, plus il serait à même de relancer la croissance et l'emploi.

Pour les partisans du "choc de compétitivité", la politique économique à mettre en œuvre doit s'appuyer uniquement sur la "politique de l'offre"  qui préconise de lever le plus possible les freins fiscaux et règlementaires qui entravent le développement des entreprises. C'est dans ce cadre que nous sommes abreuvés par les discours sur "le coût insupportable" du travail en France et autres calembredaines sur les méfaits des 35 heures...Rappelons quand même au passage, que le travail ne représente nullement un coût pour l'entreprise, mais constitue un prix : l'employeur achète la force de travail que le salarié met à sa disposition en lui versant un salaire socialisé qui constitue le fondement de la protection sociale, système qui se révèle être un puissant amortisseur face à la crise.

Si l'Allemagne qu'on nous cite en exemple comme le veau d'or, a bien mené une politique de l'offre depuis la fin des années 1990, elle n'a pas contrairement à ce qui est affirmé par tous nos grands experts, connu de "choc de compétitivité". C'est en tout cas ce qui ressort d'une étude menée par le département "recherche économique" de Natixis, qui affirme que ": la TVA sociale de 2007 a plus servi à rembourser la dette qu’à faire baisser les charges sociales. La baisse des coûts du travail hors salaire provient moins de celle des cotisations que de l’abandon pur et simple du modèle social allemand avec le développement de contrats de travail précaire cautionnés par l’Etat."

L'amélioration tant vantée de la compétitivité allemande repose donc en fait sur deux éléments :
  • une politique de déflation salariale sans précédent qui a conduit à des salaires nets en 2008, équivalents en argent constant à ceux des landers de l'ancienne RFA lors de la réunification, soit près de 20 ans plus tôt ;
  • une explosion des inégalités et de la pauvreté : 
         - aujourd'hui, seulement 40 % des salariés allemands sont couverts par une convention collective, alors qu' ils étaient 90 % il y a 10 ans ( ah, le syndicalisme allemand qu'on nous cite toujours en exemple comme responsable et réaliste !) ;   
         - 2 millions et demi de personnes travaillent pour moins de 5 euros de l'heure ;
         - en 2010, on comptait 15,6% de pauvres en Allemagne, soit 3,5% de plus qu'en 2005 et 2% de plus qu'actuellement en France...20% des travailleurs allemands sont considérés comme pauvres...


Le modèle allemand : pas de SMIC, des mini-jobs à 400 euros par mois pour 60 heures de travail, pas de cotisations (les charges !) pour la retraite et la maladie...Le MEDEF en rêve, les sociaux-démocrates l'on fait en Allemagne !

Et ce n'est pas ce que j'ai entendu ce matin de la part du Premier ministre qui me rend confiant pour l'avenir...a moins que les salariés et les citoyens se bougent le popotin pour rappeler à ce gouvernement ce pourquoi il est en place !





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